Considérations historiques sur les sciences naturelles – la zoologie

 

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire

Isidore Geoffroy Saint-Hilaire

 

Auteur: Isidore Geoffroy Saint-Hilaire

 

EXTRAIT:

 

Dans ce siècle où l’histoire philosophique de la littérature a été le sujet de si nombreux travaux, nous nous sommes souvent étonné de voir l’histoire philosophique des sciences naturelles rester en dehors du cercle habituel des recherches et des méditations des savans. Quelques esprits éminens de notre époque, en vue d’établir ou de réfuter par les enseignemens de l’histoire certaines doctrines scientifiques plus ou moins contestables, M. Cuvier, entre autres, dans ses célèbres leçons du Collège de France, ont abordé ce magnifique sujet d’études, mais en le considérant sous quelques points de vue seulement ; et M. Ampère, qui avait conçu la pensée [1] de le traiter dans son ensemble, pour les sciences naturelles comme pour les autres branches des connaissances humaines, M. Ampère n’a pas même commencé l’exécution de cette œuvre immense, qui, si elle ne surpassait pas la puissance de pensée et le savoir encyclopédique de cet homme de génie, était du moins trop au-dessus de ses forces physiques.

Il est douteux, disons plus, il est hors de tout espoir que la conception grandiose de M. Ampère puisse être réalisée avant de longues années ; mais il est possible et il importe dès aujourd’hui de préparer par des travaux partiels et de hâter ce moment où ce progrès pourra être accompli. En d’autres termes, l’histoire générale des sciences, l’examen philosophique de leurs rapports de filiation et des influences mutuelles qu’elles ont exercées les unes sur les autres, la détermination du but commun vers lequel elles tendent et de la distance qui en sépare chacune d’elles, toutes ces hautes questions, et plusieurs autres qui dérivent de celles-ci, nous restent encore en grande partie inaccessibles. Mais le moment nous semble venu où les relations de chaque science en particulier avec les sciences voisines, où son origine et les phases diverses de son évolution, appréciées sous un point de vue philosophique, peuvent conduire à l’intelligence nette et précise de ses progrès passés et de son état présent, et par elle, à des enseignemens précieux, impossibles par toute autre méthode, sur ses progrès futurs et sur la direction qu’il convient de lui imprimer.

C’est avec cette pensée que nous avons présenté dans un autre travail [2]l’histoire de la tératologie, et montré comment cette science a commencé, est restée stationnaire, puis tout à coup a grandi et s’est développée selon les lois voulues par ses rapports de filiation et par ses connexions avec les autres sciences de l’organisation. C’est encore avec les mêmes idées que nous allons aborder aujourd’hui l’histoire de la zoologie, et que, sans doute, nous essaierons par la suite de retracer celle de la physiologie et des diverses branches des sciences anatomiques.

 

I

 

Soit que nous considérions la zoologie dans sa vaste et harmonique unité, soit que nous déroulions devant nous la longue série de ses branches diverses, elle nous apparaît également comme une science immense par le nombre et la variété des êtres qui appartiennent à son domaine, immense encore par le nombre et la variété des problèmes qui sont à résoudre pour chacun d’eux. Il n’entre pas sans doute, il ne peut entrer dans nos idées de tracer ici le tableau complet des développemens et des progrès de la zoologie, et de suivre dans son cours le long enfantement de cette science ; mais nous essaierons au moins d’esquisser à grands traits, dans cet article général, le tableau de la lutte victorieuse qui a déjà valu à l’homme la découverte de plusieurs des mystères de la création animale, et lui a ouvert la voie vers des conquêtes plus hardies encore, et plus belles.

[1] voyez son Essai sur la philosophie des sciences, tome Ier, et le travail publié sur M. Ampère par M. Sainte-Beuve et M. Littré dans cette Revue, n° du 15 février.

[2] Dans l’introduction de notre Histoire générale et particulière des Anomalies, t. I.

 

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